Pour l’intégration et non l’assimilation

En Suisse, 24% de la population possède un passeport étranger. Cela représente presque 2 millions de personnes. Elles vivent en Suisse, y travaillent, y paient des impôts, etc. La question de l’intégration est donc un sujet omniprésent et permanent de discorde dans les débats politiques, notamment quand ils portent sur la naturalisation. En Suisse, on exige toujours davantage de la population étrangère avant qu’elle soit considérée comme « bien intégrée » et acceptée. Cependant, des barrières légales et des obstacles pratiques s’élèvent dans le quotidien et des critères toujours plus stricts sont posés.

IntegrationL’intégration est un processus qui peut durer toute une vie. Elle se déroule de manière fortement individuelle et peut ainsi prendre les formes et les marques les plus diverses. Le processus a lieu en même temps à divers niveaux : social, intellectuel, culturel, mais aussi politique.

L’intégration est un phénomène complexe qui ne peut que mal voire pas du tout se mesurer et qui exige un maximum de respect et de tolérance. Elle a lieu au jour le jour, dans la cour d’école, au travail, dans les loisirs. Elle touche parfois à des aspects spécifiques au sexe, parfois à des questions de statut et de prestige, parfois à l’origine sociale d’un individu. Même si la notion d’intégration a avant tout des incidences dans le contexte de la politique sur les étrangers, elle concerne aussi d’autres groupes de population selon le domaine dans lequel s’inscrit la discussion. Les femmes, les marginaux, les personnes avec handicap, les enfants, mais aussi les banquiers ou les scientifiques sont également, comme les migrant-e-s, forcés, selon leur situation, de s’intégrer individuellement dans un système déterminé.

En Suisse, l’intégration est toujours plus utilisée comme un critère pour les autorisations de séjour. Cela signifie que lorsque les autorités sont appelées à établir ou prolonger une autorisation, elles tiennent compte d’abord du degré d’intégration de la personne concernée. De plus en plus, c’est une conception néolibérale de l’intégration qui s’impose : celle-ci est considérée comme une prestation que toute personne qui s’y efforce suffisamment pourrait fournir. Celui qui n’y parvient pas est lui-même fautif. Les structures économiques et sociales de l’exploitation, de la discrimination et de l’exclusion sont ignorées. Les obstacles qui barrent la route des migrants sont invisibles : seule compte leur responsabilité individuelle. La conséquence logique : celui qui respecte ne pas l’obligation de s’intégrer ne mérite pas de rester en Suisse, d’avoir un passeport suisse, etc.

Finalement, signalons qu’une intégration effective ne peut pas avoir lieu sans que certains droits soient reconnus et garantis. En effet, celui qui exige une participation à la vie de la société doit aussi la rendre possible et l’encourager ! Pour cela, nous devons lutter contre un certain nombre de discrimination juridiques, politiques et structurelles. Il s’agit notamment de mieux reconnaître les diplômes étrangers, de lutter contre le dumping salarial, et d’introduire le droit de voter et d’élire pour tous les étrangers au niveau communal, cantonal et surtout national. Nous avons besoin d’une politique migratoire qui reconnaissent les ressources des migrants, y compris des migrants extraeuropéens. Pensons notamment à la richesse linguistique que certains apportent avec eux ! Il est extrêmement important de pouvoir valoriser ce genre de compétences. Enfin, nous devons également défendre une pratique de naturalisation généreuse et non bureaucratique : le passeport ne doit plus être considéré comme une médaille qui vient récompenser une intégration réussie, mais comme une étape faisant partie de ce processus d’intégration.

Il est fondamental de se distancier d’une définition de l’intégration comme une forme d’assimilation. L’intégration est un processus réciproque, auquel participent les migrants mais également la société suisse. Par ailleurs, il est urgent de reconnaître que l’intégration ne pourra jamais avoir lieu sous la contrainte et la menace.

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